Myriam plasticienne

« J’ai été formée à l’École des beaux-arts de Paris, de 1976 à 1981. En réalité, les Beaux-Arts étaient comme un vaste atelier où chacun devait se trouver un coin quelques heures par semaine. Les profs étaient peu présents depuis 1968 et aucun d’entre eux n’osait plus transmettre d’enseignement classique de peur de passer pour des « mandarins ». J’ai mis des années à trouver le mode d’emploi sans véritable succès, dans une grande solitude esthétique, jusqu’à ma rencontre avec Jacques Yankel. Auparavant j’avais intégré des ateliers techniques comme celui de Riccardo Licata, où j’ai appris à faire de la mosaïque, puis l’atelier de gravure avec Abraham Hadad. Mais ma passion était la peinture et je me régalais d’aller chez Yankel et Akiko, sa compagne japonaise de l’époque. Yankel me traitait comme sa fille adoptive, il a été un de mes magnifiques pères de substitution. J’allais deux fois par semaine chez lui, rue de la Cité-Universitaire, au parc Montsouris, vaste et splendide atelier où l’ambiance était incroyable. »

« Les Beaux-Arts m’ont longtemps servi de sanctuaire, car j’ai toujours eu à l’esprit de venir m’y ressourcer dans ma vie de voyages. Vers 30 ans, tout en faisant mes photographies et des maquettes pour des éditeurs, j’ai intégré l’atelier d’Abraham Pincas, véritable temple de la technique picturale, où nous préparions nous-mêmes nos pigments. Je ressentais le besoin de connaître à fond ces techniques pour être un véritable peintre, du moins c’est l’idée que je m’en faisais, même si j’ai beaucoup travaillé les techniques mixtes, mélangeant plein de choses à titre expérimental et pictural. Par la suite, je me suis présentée en communication visuelle comme auditeur libre à l’École des arts décoratifs, qui sélectionnait à l’époque sur portfolio un ou deux auditeurs libres par an. »

« Nous étions toute une bande avec la photographie comme passion commune. Sur mon initiative, nous nous sommes vite envolées l’été suivant avec mon amie photographe Patricia Desmarquest pour suivre un workshop de photographie à la Rhode Island School of Design, près de New York, qui était animé par des photographes qui enseignaient la grande tradition américaine. J’aime vivre et donner à voir le processus de création et de fabrication d’une photographie plasticienne. Tels des objets sculptés, ces photographies révèlent d’autres sens pour les lire différemment. C’est un travail de suppression ou d’addition de strates successives, une sorte d’espace-temps où des fragments d’images concentrent une mémoire privée ou une mémoire collective qui représentent un monde, une œuvre unique au croisement de diverses disciplines et interventions. »